mardi 3 juin 2008

Caliméro se plaint moi la coquille percée


Là, c'est un post qui fait directement écho au commentaire laissé par mon pote Sam .
Pour faire court, Sam c'est vraiment un type bien. Enfin, on se connaît pas tant que ça mais c'est vraiment l'impression qu'il donne. Une sorte de gendre idéal. Non pire, une sorte de Samuel Benchetrit ). Oui, en plus, ils ont le même prénom.

Sam est classe. Sam est ouvert d'esprit. Sam aime Bill Murray et doit forcément adorer Retour vers le futur. Sam a un Mac, aime la bonne musique, d'où qu'elle vienne. Sam aime même le rap. Mais attention, pas n'importe quel rap. Sam est sélectif et il a bien raison : Common, Blackalicisous, Pete Rock...Respect.
Mais il y a donc un problème : Sam n'aime pas Booba.

Je vais commencer en donnant raison à mon collègue sur un point : Booba n'a pas de véritable identité propre. Sérieux, à l'époque Time Bomb/Lunatic, les influences étaient New Yorkaises et Booba, sur Mauvais Oeil, était une sorte de Prodigy du 92. Sombre, il rappait, selon l'expression consacrée, avec des cailloux dans la bouche et frappait l'auditeur à chaque couplet. Sans faire de pub, je vous renvoie d'ailleurs vers un excellent article . Oui ça vient de l'abcdr et alors ?

Ensuite, 50 Cent est arrivé c'est vrai et a bousillé le rap français. Alors Booba, sur la (belle) cover de Panthéon, apparaît torse nu.
Et puis, aujourd'hui, NY est un peu à la ramasse, c'est le dirty south qui a la côte. Alors Booba fait son Young Jeezy. C'est vrai et incontestable.

Seulement, et j'aimerai convaincre Sam de la véracité de cette affirmation, c'est en réalité tout le rap français qui n'a jamais trouvé d'identité. Depuis le départ, les rappeurs français ne font que reproduire, avec quelques années de retard, ce qui se passe outre-Atlantique.
Vrai: Sur le premier album d'IAM, la façon dont Akhenaton pompe parfois les placements de Rakim est flagrante. Sur un morceau, il rappera même en anglais.
Au début des années 90, la norme à New York est aux beats jazzy avec des groupes comme A Tribe Called quest, la Native Tongue, Pete Rock et CL Smooth...Du coup, en France, ces influences se retrouvent. Solaar, les Sages Po, Fabe, la Cliqua, Soon E MC, tous emboîtent le pas aux américains...Avec quelques années de retard, bien sûr.
Le Wu Tang ramène un délir shaolin en 95 ? IAM s'en inspirera en 97.
N.W.A crée le G Funk au début des années 90 ? Des groupes comme TSN en reproduiront les sonorités 3 ou 4 ans plus tard.

Ce que je veux dire c'est que, comme ses aînés et ses contemporains, Booba ne doit écouter que du rap américain. Et cherche constamment à s'en inspirer.
Après on peut regretter ce qu'est devenu le rap, l'avènement du dirty south, l'anonymat dans lequel sont laissées les cramés qui samplent encore des gros vynils poussiéreux de soul...Mais c'est une autre histoire.

En gros, Booba ne fait pas grand chose de différent des autres rappeurs français. Il le fait seulement mieux. Son prochain album risque sincèrement de nous foutre une grosse claque. Pourtant, on sent venir le truc gros comme une maison. Rien de révolutionnaire au niveau des prods, ce sera sûrement du bon gros dirty produit par Phrequincy et Animalsons avec peut être 2 ou 3 surprises. Et un Booba omniprésent qui va enchaîner les phases choc, comme d'hab.

A la décharge de Booba, force est de constater que le mec n'a jamais changé de discours.
En 1995, époque Beat de Boul, il sort "Cash Flow".
"L'argent pourrit les gens, je serai pourri jusqu'à l'os, du cash plein les poches, des meufs et puis des porches, BMW, Rolex et autres bijoux, bientôt toutes les biatch du coin me feront des bisous"
Authentik.

Ce que je veux dire c'est que Booba, comme Jay-z ou 2pac ou je ne sais quel MC Iwantsomebitchesandmoney, parle depuis le départ de cash, de meufs, d'histoires de ghetto et de comment il est trop fort quand il prend le micro. Classique. Mais c'est juste super bien fait.

On pourrait passer des heures à parler des phases de Booba. Thomas Ravier l'avait déjà parfaitement fait pour un article paru dans la NRF. Ceci dit, je comprends qu'on n'accroche pas, qu'on puisse lui reprocher de trop jouer sur savoix pour faire passer quelques formules fainéantes...J'accepte.
Mais quand Akhenaton lance un "Tu joues au Milan parce que ton rap est Kaka/caca" ou que Solaar force la rime en rappant "Un Conquistador est un con qui s'adore", c'est pas génialissime non plus.

Quoi qu'il en soit, Booba a réussi son coup. On parle de lui.

5 commentaires:

Sam a dit…

Merci pour cette dédicace, ami Mehdi. J'en ai rougi..

J'avais commencé à répondre à ton post d'explication sur Booba. Figure-toi que ce truc m'a travaillé toute la journée.
Et puis, au fur et à mesure que je structurais ma pensée, je me suis rendu compte de deux choses :

La première, c'est que je ne connais pas suffisamment la carrière de Booba pour continuer ce débat. J'avoue, je l'ai soigneusement évité depuis qu'il a débuté, pour la simple et bonne raison que je n'aime ni sa voix ni son élocution. En jugeant sur ce dernier single présenté sur ton blog, ça n'a pas changé, et en plus je trouve son discours trop vide.

La deuxième chose, c'est que je suis loin d'être fan du Dirty South. Je reconnais que Flo-Rida, T-Pain, Young Jeezy, TI (pour ne citer qu'eux) ont sorti des p*tains de tubes, surtout pour bouger en club. Mais je leur trouve trop d'esbroufe.. Peut-être que je me trompe, peut-être qu'ils ont un gros background, mais c'est pas mon délire. A part Luda et ses barbecue chicken & beer, je n'arrive pas à apprécier plus que ça.

Du coup, après ces constatations, je ne peux que m'en référer à des critiques comme toi ou Anthokadi, dont tu as recommandé l'article sur Booba et dont je me permets d'orienter les amateurs vers celui sur "The Pretty Toney Album" de Ghostface, fort bien écrit.

Du coup, lassé par cette histoire de Booba (qui a effectivement réussi son coup, en me faisant gamberger, moi qui ne m'intéressait pas à son travail), j'ai filé à la Fnac. "Où je vis" y est à 7€. Et cet album m'avait tellement marqué du temps où je l'écoutais en cassette que je n'ai pas hésité. Shurik'n est un vrai. Là je kiffe.


PS : OK, AKH a souvent fait des rimes bancales. Quant à Solaar, c'est sa marque de fabrique, de jouer avec les mots et leur consonances, mais je trouve qu'il arrive toujours à tirer du sens à rapprocher des trucs improbables.

Mehdi a dit…

Un homme qui me dit " "Où je vis" y est à 7€. Et cet album m'avait tellement marqué du temps où je l'écoutais en cassette que je n'ai pas hésité. " a mon respect éternel.

D'ailleurs, en parlant de Shurik', j'avais écrit ce billet (http://detailsmatter.wordpress.com/2008/04/20/les-metaphores-alimentaires-de-l’oncle-shu/) sur ce très bon blog. Ca peut t'intéresser.


Sinon, moi aussi, je préfèrerai toujours un bon sample de jazz et un mec qui vient poser ses 3 couplets sans fioritures avec un petit scratch en guise de refrain.
Mais le rap évolue et, comme je n'écoute plus que ça au risque de rater des trucs d'ailleurs, je suis obligé de faire avec. Et parfois, ça a du bon d'ailleurs.

Bon sinon, bon courage à Londres. Gros kif en perspective !

Sam a dit…

Bien sûr que j'ai lu ton papier sur les "métaphores alimentaires" filées ! Intéressant et intrigant phénomène.

Je suis heureux de t'entendre faire référence à "un bon sample de jazz et un mec qui vient poser ses 3 couplets sans fioritures avec un petit scratch en guise de refrain", parce que c'est pile mon kif. Tu pensais à "the world is yours" non ?
C'est dans notre discussion autour de Booba que j'ai réalisé que je n'aimais que la musique old school.. Je n'arrive pas à comprendre l'évolution, et je n'ai aucune envie de la subir. La seule que je conçois, c'est Kanye, Pharrel, Lupe, et will.i.am. A part eux, tous ceux que j'apprécie sont ceux passés par une case old school, et y sont parfois restés..

Et suite à notre débat, je suis pas sûr que ce soit une si bonne chose d'être "sélectif" comme tu disais. Je vais pas me mettre à regretter le passé à 20 ans quand même..

En tous cas, merci Mehdi pour avoir réveillé mon esprit sur ce sujet. Pour être en phase avec JCVD, je suis désormais "aware" de ce défaut qui est mien. Ajoutons que tu as aussi relancé mon désir d'écrire mes propres chroniques. Double succès. Merci et bravo pour ton travail sur ce blog.

Yanis a dit…

bon je ne vais pas m'immiscer dans le débat tout simplement pour les bonnes et simples raisons que je n'ai pas assez de bagages sur la question du rap "old'school", que je kiffe le dirty south (Lil'Jon m'a niqué ouais je sais), que Pharrell a été mon idole pendant 4 ans, et qu'en ce moment je fais ma tapette sur l'électrohouse.

Je suis d'accord avec Sam quand il dit que les textes de Booba sont sans fondement et que c'est du dirty south bas de gamme (en même temps c'est du dirty south français). Mais il faut avouer que le b2o est très fort, je suis fan de sa diction et de ses punchlines. C'est d'ailleurs pour ça que j'aime bien écouter du Booba. Parce qu'il me fait golri dans ma caisse, et qu'il a quoiqu'on en dise un bête de flow.

En ce moment je tripe sur Sefyu Molotova. Si tu connais pas Sam je suis sûr que tu vas détester lol.

Le maire de Compton a dit…

La phase de solaar défonce mec. C'est tout de même plus recherché que celle d'akh. Ah là je suis en colère. Merde! salaud! mac do samedi weezydoums